Synthèse et principaux témoignages des Assises Nationales du tourisme 2008.
Le tourisme est une industrie clé pour l'économie et l'emploi en France, et a un impact important sur notre croissance. La France reste la première destination mondiale avec 82 millions de touristes, mais elle perd depuis quelques années des parts de marché. Quels sont les enjeux d'ici 2020 ?
La France est toujours la première destination mondiale avec 82 millions de touristes (dont 81% de français) mais ses parts de marché s’érodent régulièrement.
• La qualité de l’accueil (20 % de clients satisfaits)
• Le rapport qualité/prix (21 % de satisfaits)
• La faiblesse de l’évènementiel (27% connaissent)
• Une nourriture de qualité inégale (42% satisfaits, derrière l’Italie)
• Une polarisation de la fréquentation sur Paris (3 destinations en Espagne, 4 en Italie)
• Le transport qui n’est pas intégré comme élément du tourisme (pas de d’accueil spécifique par ADP, SNCF, Sanef…)
• La France Eternelle : parce qu’elle ne change pas, il n’y a pas d’urgence à la visiter (importance de l’évènementiel)
• Un parc hébergement trentenaire vieillissant qui a besoin de gros investissements
Les axes de développement :
• Le segment famille des pays matures : constant en nuitées depuis 5 ans ; pas d’évolution dans les 10 à venir
• Séniors des pays matures : explosion démographique (séniors plus nombreux, allongement de la durée de vie, plus éduqués, un pouvoir d’achat important) : X 1,7 nuitées possibles en France dans 10 ans
• Pays émergents : X 3,5 nuitées possibles en France dans 10 ans
• La bipolarisation du marché : une recherche de produits low cost et de produits haut de gamme
• Une recherche d’authenticité
• Des communautés d’internautes
• Une accélération du rythme de vie
• Une sensibilité aux risques (sécurité, sanitaire)
• Une prise de conscience écologique
• Conquérir les segments en croissance
• Augmenter la dépense par touriste
• Développer le tourisme durable
• Fédérer, mobiliser et mettre le tourisme au cœur des priorités de tous
Francesco Frangialli : Secrétaire général de l’OMT
« La France perd des parts de marché plus rapidement que ses voisins : Italie ou Espagne ; son budget de promotion à l’étranger est insuffisant (2 fois moins important que l’Italie par exemple)...mais elle dispose d’atout comme la protection de son littoral…il faut compter sur deux grands segments de marché : la génération baby-boom habituée à voyager et la clientèle des pays émergent : 40 millions de touristes chinois dans le monde, 100 millions en 2020 »
Gérard Brémond : PDG groupe Pierre et Vacances
« Les normes hôtelières actuelles datent de 1986 et ne sont plus adaptées aux standards internationaux ; 20 % du territoire accueille 80 % des touristes ; dans ces secteurs, la construction d’hébergement neuf n’est plus possible, il devient urgent de rénover le parc actuel vieillissant…il faut mobiliser de nouveaux acteurs de la chaîne du tourisme comme les aéroports, les autoroutes…il faut mieux accueillir et former le personnel ; les métiers du tourisme sont encore perçus comme peu valorisants»
Denis Wathier : Président de Thomas Cook France
« La France est perçue comme une destination chère à l’étranger, surtout dans les zones à saisons courtes comme les stations de ski. Il existe aussi une pénurie de resort hôteliers près des aéroports. Thomas Cook va étudier la mise en place de plateformes B to B »
Gilles Pélisson : DG du groupe Accor
« Il faut investir dans la promotion du pays. Les hôtels doivent s’adapter aux nouveaux modes d’habitats, de confort et de technologie et doivent intégrer le développement durable…le client est à la recherche d’une personnalisation de son voyage par un assemblage personnel grâce au net…il faut ouvrir le ciel à la concurrence et harmoniser les taux de TVA qui sont de 8 à 10% dans la restauration en Espagne et en Italie»
Dominique Coquet : DG adjoint de Disneyland Paris
« Le Ministère du tourisme prévoit d’ici 2020, 300 à 600 000 emplois supplémentaires à pourvoir dans la filière, ce qui représente un effort gigantesque ; la pénurie de main d’œuvre va empirer, d’où l’importance de développer en France la culture du service et de rappeler que la filière tourisme peut être un vrai ascenseur social. Il faut communiquer sur les métiers et favoriser la rencontre entre jeunes et professionnels. On peut imaginer des groupements d’entreprise pour pérenniser l’emploi. »
Jean Marie Panazol : Inspecteur Général de l’Education Nationale
« Il y a une grande hétérogénéité dans les attentes des professionnels ; 70 % des jeunes formés dans les métiers du tourisme quittent la filière au bout de 5 ans et beaucoup d’entre eux rejoignent la grande distribution. Les jeunes en formation doivent être bien accueillis dans les entreprises et ne pas se substituer aux emplois salariés »
Michel Perchet : Conseil en Ressources humaines
« Les anglais ont développé des modules de formation transversale de 200 H qui donne accès à un petit cursus et une multi compétences : accueil, vente, restauration légère et qui permet au personnel saisonnier de compléter leur année dans les métiers de la grande distribution par exemple »
Olivier Rozier : Responsable des talents du Club Med
« Le management a évolué passant d’un management directif à un management de leadership qui repose sur l’entretien de la motivation. Il existe en France plus de 200 000 petites entreprises dans la filière touristique avec 5 à 10 salariés. Le personnel doit être sensibilisé à l’art de recevoir et devra demain encore d’avantage qu’aujourd’hui maîtriser les langues étrangères. Il faut aussi favoriser l’accès au logement de nos personnels »
Côme Vermersch : Directeur du CDT Somme
« Nous avons développé les réseaux depuis 2002 par la mise en place de journées Destination Qualité, véritable partenariat public/privé ; les acteurs ont le sentiment de travailler ensemble pour atteindre le même but. Le CDT est devenu un animateur de savoir »
Jacques Marseille : Economiste
« Le tourisme représente 7% du PIB en France. Si la France réalisait la même performance que l’Espagne, elle pourrait réaliser 15 milliards de CA supplémentaires à fréquentation identique. Si la France conserve ses parts de marché actuelles, elle accueillera deux fois plus de visiteurs. Il faut gagner la bataille de l’opinion pour faire comprendre l’importance économique de cette activité. Il n’existe pas de pensée économique du tourisme. Cette filière emploie 2 millions de personnes en France, elle a le même poids économique que l’industrie automobile dans les années soixante…La France est une marque ».
Gérard Duval : Président des associations du tourisme de plein air
« Il faut savoir que 27% des français ne partent pas en vacances ; si l’on ramenait ce chiffre à 22 % cela créerait 5 milliards d’€ de recettes supplémentaires. On parle beaucoup des séniors, il ne faut pas oublier les jeunes français ou étrangers qui sont les leviers du développement de demain.
Jean Gaillard : Président du syndicat des résidences de tourisme
« Quand on feuillette le catalogue de Pierre et Vacances, on peut découvrir qu’au fil des années, parti des Alpes du Nord, il s’est progressivement enrichi de très nombreuses destinations françaises. Les résidences de tourisme ont permis de passer de lits froids aux lits chauds avec de nombreuses animations pour toutes les catégories (séniors, jeunes, familles mono parentales…). Les résidences sont désormais 1500 et accueillent 12 millions de touristes par an et représentent avec 560 000 lits, la moitié de l’hôtellerie française. 35 % d’étrangers viennent de manière fidèle. Le tourisme est une industrie qui met en place des règles de sécurité, de fiabilité, qui gère une diversité de services. Le touriste est un client qui doit partir satisfait ; l’entreprise doit se doter d’outils de commercialisation pour aller chercher le client »
Alain Trouvé : Vice président du syndicat des espaces de loisirs et d’attractions
« Les entreprises du secteur réinvestissent 15 % de leur CA chaque année dans la sécurité, la nouveauté et dans les hommes par le biais de la formation »
Guy Savoy : Restaurateur
« Enfant, j’ai pris conscience que des plaisirs simples comme prendre chaque jour des repas en famille étaient des plaisirs spécifiques de l’art de vivre à la française ; j’ai voulu professionnaliser cet art de vivre…Nos restaurants sont le meilleur show room ; une fois que nos clients étrangers ont découvert les produits français, ils cherchent à les retrouver chez eux… La France a beau être un Château Petrus, quelques fois on la sert dans un verre à moutarde... A Las Vegas on m’a dit: Si vous donnez ce que vous promettez, vous réussirez !»
Henry Giscard d’Estaing: PDG du Club Med
« On doit choisir ce que l’on veut être : être le meilleur ou le moins cher. On a choisit collectivement de ne pas être les moins chers, il faut donc que nous soyons les meilleurs. Le Club a porté les valeurs de la France qui se veut ouverte et conquérante et qui cherche à promouvoir le bonheur. Le génie français, c’est d’être à la pointe de l’innovation. La diversité est une richesse. Nous sommes entourés de pays qui ont une stratégie touristique, nous ne sommes plus les seuls… Les métiers du tourisme sont une chance pour les jeunes : ils ouvrent au monde, offrent un esprit d’échange avec les autres pays ; le tourisme est vecteur de paix »
Jean Pierre Serra : Président de la fédération des CDT
« Nous sommes très optimistes, il n’y a pas de territoires qui ne soient pas touristiques ; la France est devenue une destination universelle. Il faut se mettre à la place du client et abandonner la notion de département pour ne parler que des destinations. L’offre diversifiée manque de lisibilité, ce qui nécessite la création de marques. Il faut adapter l’offre à la demande et bâtir des projets par destinations, habiller l’offre et passer d’un fonctionnement vertical à horizontal »
Christian Mantéi : DG d’Odit France
« Il n’y a pas de destinations compétitives sans évènements. Si on sait ce que l’on va trouver, on peut attendre »
Jean Claude Baugarten : Président du World Travel & Tourism Council
« Il faut communiquer à l’extérieur mais aussi à l’intérieur de la destination. La France est une industrie qui emploie 1,7 million de personnes. Il faut le faire savoir ; faire rentrer des jeunes et leur montrer que l’on peut faire de belles carrières dans un secteur porteur »
Mohamed Boussaid : Ministre du tourisme au Maroc
« On est passé d’une stratégie de cueillette à une stratégie de conquête ; il y a eu en 2007 7,5 millions de touristes au Maroc, le plan Vision 2010 en prévoit 10 avec un CA du secteur multiplié par 5 et un parc logements multiplié par 3. L’offre balnéaire s’est accrue mais à notre surprise, l’offre culturelle est plébiscitée puisqu’elle représente 2/3 des séjours. 80 % de la clientèle low cost est constituée de nouveaux clients. Le panier moyen de dépenses est de 1000 $ par séjour par personne. Pour faire dépenser plus, nous avons monté la gamme de notre offre (développement de golfs et de centres de thermalisme). Le développement du tourisme a en tout premier lieu un objectif social : 1 emploi hôtelier entraine 4 emplois indirects…Le resort hôtelier isolé sous forme de ghetto est terminé ; le tourisme est désormais ouvert et la clientèle recherche des hébergements au cœur des Riad pour partager la vie des habitants »
Khelil Lajimi : Ministre du tourisme de Tunisie
« Qui peut prédire ce que sera le prix du baril en 2020 et quel sera l’impact des changements climatiques sur nos régions et nos fronts de mer ? Nous accueillons 6,8 millions de touristes (à mettre en relation avec les 10 millions d’habitants), pour 80% en bord de mer. Nous développons de nouvelles niches comme les golfs et les séjours dans le Sahara. »
Louise Pagé : Sous ministre du tourisme du Québec
« Nous avons positionné notre démarche sur le tourisme durable depuis 2005 ; nous avons responsabilisé nos partenaires et conditionné les aides publiques au respect de l’environnement. »
Fréderico Costa : Vice président de l’autorité portugaise du tourisme
« Notre plan stratégique a consisté à définir qui faisait quoi, quand et comment ? Nous nous sommes positionnés autour de jeunes talents et nous avons créé une forte mobilisation de tous les acteurs. Nous avons réalisé de très gros investissements. A l’instar de la Californie, nous voulons devenir le far ouest de l’Europe. 80 % de nos touristes sont concentrés sur 10 % du territoire. »
Olivier Chong : Directeur Europe de l’OT de Singapour
« En 2003 la grippe aviaire a fait chuter l’activité touristique de 30% pendant plusieurs mois. On a alors pu voir l’importance de cette activité dans notre économie »
Vincent-CRT Picardie-1/7/08
Assises nationales du Tourisme 2008
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